27.2.17

La peur, de Stéphan Zweig, au théatre Michel


J'ai beau avoir lu beaucoup de nouvelles de Zweig, je n'avais pas lu La Peur. Aussi ai-je été encore plus intriguée en voyant que le texte était adapté pour le théâtre dans une mise en scène moderne, au Théâtre Michel dans le 8ème. 

C'est  la comédienne Élodie Menant qui s'est chargée de la mise en scène et de l'adaptation, et qui nous en parle le mieux "La pièce décortique la chute lente et incontournable d’un couple dont la communication échoue, aspiré par la spirale infernale et angoissante du mensonge. Plongée dans les années 50, je me suis inspirée de l’univers Hitchcock et j'ai élaboré un décor mouvant. Il m’était primordial que la scénographie accompagne ce tourbillon déroutant." 

 On passe donc des années 20 aux années 50 avec plaisir, et Irène (Hélène Degy) est divine avec ses petits hauts moulants et ses grands jupons taille haute. Chignon haut très fifties, robes ceinturées, escarpins Louboutin, triple rang de perles, les costumes sont choisis avec soin et c'est un régal pour les yeux. Quand au décor mouvant dont parle la metteuse en scène, il est savamment étudié pour représenter à la fois l'intérieur du couple bourgeois, la cuisine année 50 avec la radio, la pendule, le mixeur, mais aussi le monde intérieur d'Irène qui se réduit d'autant plus que l'angoisse provoqués par ses mensonges la terrifie.

Les trois comédiens proposent un jeu extrêmement précis et juste et tout en émotions, mais rien n'est surjoué. Le texte, simple, se suffit à lui-même, et on sent peu à peur l'angoisse d'Irène nous serrer la poitrine, accentué par la musique souvent anxiogène. On ne s'ennuie pas une seconde et la pièce passe extrêmement vite. On souffre avec l'épouse. La salle est pleine, tous les strapontins sont pris, on est un brin serrés dans ce petit théâtre du 8ème arrondissement, et chacun retient son souffle dans ce thriller exaltant qui se rapproche vraiment du film, en particulier dans la mise en scène qui, bien qu'assez minimaliste, se révèle assez prodigieuse. De temps en temps, quelques rires, devant tel ou tel bon mot du mari trompé et clairement pervers, mais l'heure n'est pas seulement à la comédie. La pièce fait vraiment réfléchir et les dialogues poussent vraiment à s'interroger sur la force de la confiance et du dialogue dans le couple et en général, et sur les ravages du mensonges. Pire que les films d'horreur, la peur d'être découvert, la peur d'être jugé, la peur de perdre ce qu'on a, l'amour des siens, cette peur prend le dessus et saisis complètement les êtres.


"Le texte initial est composé de 50 pages qui décrivent avec une précision extrême les ressentis d’Irène, rongée par la peur, la culpabilité et le mensonge. Ces sentiments décortiqués, déchiffrés, correspondent à ce que les comédiens doivent jouer, mais il fallait trouver les dialogues qui permettent de les faire exister sans les illustrer et sans glisser dans de l’explicatif. Ce qu’ils disent cachent souvent des non-dits, des émotions qui ne parviennent pas s’exprimer."


Je vous encourage vivement à voir cette intrigue psychologique intense dont le propos est terriblement moderne. Venez un peu en avance, la pièce commence à 19h sonnantes et trébuchantes et les comédiens sont déjà sur scène, pour vous faire rentrer dans leur intérieur années 50 amoureux. Un casting remarquable, une pièce qui marque. Courez-y ! 
 
A voir au Théâtre Michel
Jusqu'au 30 avril 2017
38 rue des Mathurins - 75008 Paris - Métro : Havre-Caumartin / Saint Lazare

Adaptation et mise en scène Élodie Menant
avec Hélène Degy, Aliocha Itovich et Ophélie Marsaud







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